Avant-propos

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Vous trouverez ici les écrits de sémiotique et analyse des discours, d’analyse des praxis pédagogiques et cliniques, et de critique littéraire et artistique, qui tressent les grandes lignes de ma recherche depuis une vingtaine d’années.

Sont également accueillies d’autres paroles, traces inscrites d'un travail collectif, coopératif, hétérogène en chantier.

Benvengut ! Ce site, aptement conçu par Jean-Luc Théron, a été initialement rédigé pour présenter mes différents domaines de recherche, de rencontre et d’écriture. Le document Sens et Praxis pose le projet d’ensemble, ses objets et ses terrains, dans leurs enjeux théoriques et méthodologiques. Praxis, pédagogie, langage, clinique, art : chaque page du site présente les différentes régions de ce chantier transdisciplinaire. La section Enquête à travers les praxis en présente un bref panorama.

Vous trouverez donc en ce site une cartographie des différentes aires dans lesquelles j’essaie, au sens strict, ce qui ne se veut qu’un cheminement intellectuel et humain fidèle à l’inscription qui inspira Machado : Camino no hay, hay que caminar.

Ce chantier se mène aussi dans le compagnonnage de praticiennes et praticiens, de connivence et de rencontre. Pour inscrire cet incalculable bonheur de la rencontre, je peux l’écrire ou le dire, mais il s’est avéré tout aussi possible et urgent de le recueillir. Peu à peu, et forcé par la période, ce site se fait moulin où accueillir certaines de ces rencontres, certains de ces travaux en cours. Il est donc normal que ce lieu de lieux soit, lui aussi, en voie de devenir un chantier permanent, coopératif, dans lequel d’autres que moi peuvent venir travailler. Ainsi, chaque partie se déploiera progressivement en trois types de pages, consacrées à un travail collectif, à des invites pour des paroles autres et amies, et à des propositions n'engageant que l’auteur de ces lignes.

La pandémie est une occasion cauchemardée d’accélérer le cadenassement des êtres, en nous confinant hors de nos aires habitables, au point où nous n’avons plus de chez-nous à force d’y être assignés à résidence, dans une asphyxie des lieux de libre réunion. Dans cette période, ce site a dû faire de la place, pour accueillir de telles présences partagées, et tenter de les rendre à nouveau pensables, même par des vidéos pixélisées, du son pauvre. Ce sont les pages d’Invites, dans chacune des parties, et toute la partie du Séminaire coopératif, nom générique de moments de travail collectif. Cette reconfiguration d’une agora, elle a dû se négocier dans une urgence qui n’a au fond été qu’un révélateur de la précarité fondamentale de toute praxis. Ce site est en chantier, au sens propre, pour se redisposer au sens : des ajustements, de petits tâtonnements de croissance, permanents. Ce site est un chantier, un lieu de lieux, emplis du passage de co-présences artisanes.

Quoi de neuf ?

En juin 2020 est paru Pédagogie et Langage. La pédagogie institutionnelle, à la rencontre des sciences de l’homme et du langage, chez L’Harmattan, dans la collection de mes amis Jean-Claude Sallaberry et Jean Vannereau. En voici un dossier de présentation (présent également dans le bandeau à droite).

En janvier 2021 est paru Le Langage en deçà des mots. Rencontre à l’aube du langage entre sémiotique peircienne et psychothérapie institutionnelle, aux Éditions d’Une fondées par mon amie Sophie Legrain, dans la collection « La boîte à outils » dirigée par mon ami Pierre Delion. Mon ouvrage s’appuie sur le livre de ce dernier, L’enfant autiste, le bébé et la sémiotique pour rendre hommage, outre aux champs clinique et sémiotique indiqués dans le titre, à d’autres visages chers : Michel Balat, Jean Oury, Danielle Roulot. Cet hommage prend la forme d’un essai de philosophie du langage et de positionnement face aux doxas positivistes qui écrasent les sciences humaines, dont les sciences du langage et les sciences de la psyché. Un dossier de présentation sera bientôt téléchargeable.

De l’usage du féminin dans la langue

Je tiens à préciser que, au fur et à mesure de ce site, comme dans mon métier d'enseignant et de chercheur, j’ai pris le parti, quand je parle génériquement de l’humain, d’accorder au féminin. En effet, à ma courte honte, j’avoue : je suis esthétiquement rétif à l’écriture inclusive. Mais je ne suis pas plus machiste qu’un.e autre, aussi ai-je préféré carrément tout passer au féminin.

Disons-le bien franc, c’est parce que je trouve cette réponse inclusive peu élégante et malaisée (donnant la migraine, pour parler français!), qui sait une mode (et soit dit en passant pas si pertinente sur le strict plan de l’analyse grammaticale). Pour autant, je n’en estime pas moins profondément légitime, et urgente, la question à laquelle cette action politique sur la langue passe nos cultures, notre société, une civilisation qui, ni plus ni moins dans l’établissement de la langue que dans quasiment toutes les autres choses établies, cautionnent la domination ridicule et malfaisante d’un sexe sur tous les autres. J’estime les personnes (dont beaucoup d'amies) qui questionnent cela, par-delà le seul fait d’en souffrir (ou pas), et cela ne me gêne nullement quand ces personnes-là assument les conséquences de leur décision, et écrivent (certaines parlent, même) en inclusif. Seulement, pour ma propre intimité de parole, j’envisage avec beaucoup moins de joie d’écorcher cette langue dont je fais ma seule appartenance profonde à une quelconque communauté que ce soit.

Quitte à rééquilibrer vingt-cinq siècles au bas mot de phallocratie langagière, autant ne pas mégoter. Parler de moi au féminin ne me gêne nullement, pour tout dire cela m’est assez égal. (Voyons-y, j’en conviens, le privilège d’être un homme dans notre société, non inquiété dans son existence et son taux suffisant d’identité heureuse : il faut aussi pouvoir user de ses privilèges de temps à autre pour la bonne cause…) Cela me rappelle aussi que le premier que j’ai entendu faire cela, continûment, dans de classiques amphis de Sorbonne, ce fut mon ami Georges Molinié.