Propositions

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Voici quelques interventions, qui n’engagent que moi… Je remercie les personnes, souvent amies, qui m’y ont incité. On trouve également mes écrits (et livre d’images) autour de la clinique et de la sémiotique.

Autour du séminaire de Sainte-Anne de Jean Oury
Séminaire extérieur au CIPh, 2011-2015

Je dois à l’amitié d’Olivier Apprill d’être entré dans cette aventure qui a occupé trois saisons au Collège international de philosophie. Jean Oury m’avait autorisé à photocopier les tapuscrits de ses deux séminaires, celui de La Borde et celui de Sainte-Anne. C’est à partir de ce don, véritablement, que j’ai commencé cette première récapitulation en même temps qu’une abduction. La bascule entre les deux premières séances de la partie dont j’ai la responsabilité, à l’automne 2011, puis l’abandon définitif de toute trame linéaire, au profit d’une planisphère de notes et de remarques autour d’une ou deux formules d’Oury, constituent la dernière étape dans mon rapport à l’articulation et la transmission orales qui, depuis, constitue mon régime ordinaire d’intervention, de proposition, de partage, d’écoute.

Olivier, de son côté, a publié ses propres séances dans l’ouvrage de référence Une Avant-Garde psychiatrique. Le moment GTPSI (1960-1966). Parallèlement, lui est une autre équipe (que je salue) s’est lancée dans la publication des Actes du GTPSI, et publié par Sophie Lesage fondatrice des Éditions d'une.

Enfin, hommage soit rendu à toutes les voix et les mains de la psychothérapie institutionnelle ordinaire, loin des figures, toujours plus ou moins louches, de ce qu'on appelle des "maîtres", et qui, cela arrive, se taperaient le c... par terre à une telle façon de s'adresser à eux. Parmi ces voix, deux ou trois: Brivette Buchanan, Dominique Dockès, Elizabeth Poudellec, Annick Bouleau et Catherine Vallon (ces deux dernières, ici, ici et ici).

En plus des textes évoqués année par année, je rappelle Miettes psychiatriques. Postface pour Jean Oury, manuscrit rédigé ces mêmes années, à la demande de Jean, les toutes dernières années de sa vie, et qui à sa lecture avait voulu qu’il forme la préface de Il, donc. Reprise, suite à Il, donc, ouvrage d’entretiens avec Pierre Babin, et qui n’a finalement pas été édité. Ce manuscrit met la focale sur l’écriture de Jean Oury, là où le présent séminaire met, lui, la focale sur sa parole — dans les deux cas, sur sa pensée, sa praxis et sa création, indissociablement tressées tout au long d’une vie, tissée dans ce texte local qui eut pour nom La Borde.

2011-2012. 1e année, Abords du sens

La première année fut consacrée à la présentation de quelques thèmes des quatre premières années du Séminaire de Sainte-Anne, inédites: « Espace et transfert », « Le sens », une année sans titre, « L'interprétation ».

Deux voix invitées nous ont fait la grande joie de venir partager leurs harmoniques singulières, et uniques: Pierre Delion et Jean Oury.

À la fin de la première année, mon ami Michel Balat, cette autre grande voix sémiotique et clinique de la psychothérapie institutionnelle (l’écouter ici), qui est avant tout quelqu’un qui donne la parole, nous a invités à une « Journée avec » à Canet-en-Roussillon. Voici à l’écoute nos deux interventions, à Olivier et moi :

2012-2013. 2e année, Traverses du Collectif

La seconde année est cheminée par une réflexion autour du concept de Collectif, thème de l’année 1984-1985, déjà publiée, qui était déjà au cœur du dernier chapitre de ma thèse de doctorat, Le Sens du précaire, en 2003 (ce fut l’occasion de notre rencontre, avec Jean), mais que je reprends ici d’une façon tout à faire hétérogène. (Manque hélas la 3e séance.)

Plus tard, à l’invitation de La Pommerie et de mon ami Élie Kongs, des Éditions Dehors, je suis intervenu autour du concept de collectif, qui a ensuite donné lieu à « Le concept de collectif chez Oury », dans la revue Chimères.

2014-2015. 3e année, Le Dossier Oury-Félix

La dernière année, après une interruption d’un an, est consacrée au « Dossier Félix-Oury ». (Manque hélas la 6e et avant-dernière séance.)

Cette année a donné lieu à l’enregistrement officiel de la première séance, laquelle a fourni la matière de « Une praxis, deux pensées », pour Avec Jean Oury, numéro spécial de Chimères qu’Olivier coordonna en hommage à Jean, hélas décédé entre temps, en 2013. Je lui ai humblement bricolé un tombeau, Le Vent fou.

Ici, quelques mots de témoignage et de remise en perspective du programme général du séminaire du CIPh, par rapport à l’aujourd’hui (au cœur de l’été 2026) où je me décide, enfin, à mettre en partage ces séances.

Je dois cette première bascule vers Félix Guattari à une lettre, belle et claire, d’Olivier, jamais loin, qui me dit qu’on ne pouvait réduire Guattari à l’imaginaire porté par l’ambiance de la parole ouryenne, et qu’en tout cas je ne peux me positionner sérieusement si je ne fait rien d'autre que faire ventriloquer le Félix d’Oury. J’ai pris au sérieux cette parole, appel autant qu’avertissement ; de plus, c’était une façon de remettre Olivier au cœur de mon dispositif d’abduction théorique. Je m’en suis alors tenu à lire la part encore tressée de la connivence d’élaboration et d’analyse clinique et politique entre Guattari et Oury, et j’ai donc proposé comme fil une lecture de Psychanalyse et Transversalité.

Depuis, plusieurs autres voix et lectures m’ont engagé dans l’aval de cet embranchement dû à la parole d’un ami. Parmi ces personnes, je cite au moins trois autres rencontres chimériennes, François Pain, Valentin Schaepelynk, puis Florent Gabarron-Garcia. Avec ces deux derniers, à Paris 8, dans notre laboratoire, Experice puis LIAgE, nous co-animons un séminaire d’Analyse institutionnelle, dont j’anime des visioconférences coopératives (ici, scroller).

J'ai découvert également un autre Guattari depuis 2010 parmi mes amies pédagogues du colegio aymara Kurmi Wasi, à Achocalla sur l'altiplano bolivien, et depuis 2024, dans le Brésil de mes amies de l’Observatorio de territórios saudáveis e sustantáveis. En parlant ensemble les concepts deleuzo-guattariens (qui pour certaines d’entre nous forment, bien plus qu’une lingua franca, notre langue commune), je prends conscience d’apporter le simple témoignage de la praxis native de ces concepts : les classes coopératives (dont les Calandretas occitanes) et les clubs thérapeutiques de la psychothérapie et de la pédagogie institutionnelles (la présente partie du site en témoigne, mais aussi Pédagogie/langage). Et mes amies si lointaines, si proches, découvrent ces lieux avec, accompagnant cette rencontre, la reconnaissance éprouvée de leur propre éthique. Au plus loin de moi, sur l’altiplano aymara ou dans le mato atlántico de l’OTSS, existe et persiste un discours philosophique de combat dont, personne ou presque ne semble s’en douter ou s’en soucier, les racines les plus autochtones s’enfoncent dans un champ historique qui se trouve avoir constitué, par la plus belle des contingences historiales, mon arrière-pays archaïque.

Non, le siècle « ne devient pas guattarien » (je dis cela pour pasticher Foucault parlant de la profondeur géniale de Deleuze, non seulement comme lecteur de l’histoire de la philosophie, mais comme précurseur pointant l’orientation de son époque : « Un jour, peut-être, le siècle sera deleuzien »). Les concepts que Guattari est parti faire germer un peu partout au travers de la société et parmi le monde, avec une fertilité toute amazonienne pour le coup, sont bel et bien nés dans le terreau d’un siècle qui n’a pas attendu les grands Maîtres enseignés et colloqués. Ce siècle : celui des égoutiers et des prolos, des maquisards et des ordinaires refuseurs d’icônes, des praxis et des coopératives. Sans lui, il n’y aurait pas eu Guattari, ni Deleuze, ni une armée infinie d’autres voix d’ombre qui, tout aussi génialement, racontent la légende des praxis. (La légende : pas l'hagiographie, pas le ricanement ; ni ricaner, ni ripoliner, mais tenter de transmettre ce qu’il y a à en lire. En fin de compte, les monographies de pédagogie institutionnelle — ce trésor alliant singulier et commun, et au sujet duquel Jean Oury a dit que leurs groupes d’élaboration constituaient le seul exemple à peu près parfait d’analyse institutionnelle —, ce trésor littéraire représente-t-il, plus encore qu’un art d’écrire, un art de lire et d’interpréter.)

Pas n’importe quel siècle, donc. Pas « le siècle donné », chronique et chronologique, massifié, totalisé, identitarisé, mais le siècle à hauteur et à régime des logiques restreintes, singulières, contingentes, et donc vouées, tout autant qu’un Républicain dans l’Espagne de 1939, puis qu’un maquisard en 1943, à l’anéantissement des vaincus et des existences éradiquées parce qu’infra-statistiques et impossibles à généraliser. Pas le champ social et historique immédiatement donné, celui dont les logiques macrosociales et macro-historiques disent les lois générales, mais ce même champ, sous la condition matérialiste et « psychiste » d’être profondément travaillé, analysé, soigné, soutenu — cabossé et investi par le désir de ne pas laisser crever le peu de vie qui cherche à ne pas se laisser dissoudre. Ce siècle n’a pas attendu le génial zébulon pour être le ferment de pratiques qui, localement, a pris le nom décidément bien peu commode d’institutionnalisation, un nom qui, tout aussi légitimement que pour d’autres, devait se trouver ensuite intimement rattaché, dans le champ de la création philosophique, au nom de Félix Guattari.

Bref, cette année guattarienne à l’ombre d’Oury a achevé de me convaincre que, ressentant une telle familiarité avec ces concepts entre temps devenus plus célèbres que les Beatles, je ne plaquais pas la philosophie-de-Deleuze-et-Guattari sur ces lieux, européens puis américains. Cette année de séminaire du CIPh a achevé de me convaincre de ce que je m’étais dit un jour gris froid de janvier 1996, alors qu’on me demandait d’écrire un article en hommage à Gilles Deleuze, récemment suicidé : que toute cette philosophie me parlait de ma terre ancestrale à moi, que ressortait par instant, tel un bout de thym coincé dans la dent, le ton de la langue des miennes et des miens. La langue d’une praxis, pour laquelle les concepts n’avaient droit de lexicalisation qu’à la condition de soutenir comme la moindre des choses le cabossage de la vie quotidienne hors de laquelle ils ne pouvaient ni émerger, ni exister. (À cette occasion de passer mon texte à la moulinette, un de ces égoutiers, plus proche encore que les autres, avait souri, et m’avait ensuite piqué cette idée de cabossage, en y reconnaissant un trait propre de la pensée de la pédagogie institutionnelle, et qu’il avait baptisé, avec son sens de l'humour qui m’a tant marqué et tant manqué, l’en-gros,  ou « correcteur de concepts », impertinent outil de pertinence qui se contrefoutait des étiquetages universitaires.)

Écrits

Cette page s'est construite initialement autour de plusieurs écrits, ainsi répartis :

Analyse institutionnelle, pathologies psychotiques et autistiques, sémiotique peircienne

(Cf. doc. 22 à 25; et après 2015 : doc. 1)

  • La question de la praxis psychiatrique à proprement parler est développée autour des liens entre les concepts d’ « institution » et d’ « institutionnalisation » et les conséquences thérapeutiques qui découlent de ce travail du milieu hospitalier.
  • L’épistémologie d’une telle approche est essentiellement freudienne et lacanienne, et fonde la « topique de la psychothérapie institutionnelle » (Jean Oury), autant que « l’analyse institutionnelle » au sens où l’entendent les principaux acteurs de la psychothérapie institutionnelle (Francesc Tosquelles, Félix Guattari) : partant, quels sont les rapports entre la « logique négative » de l’inconscient et la logique, matérialiste, de l’institutionnalisation ?
  • Le chantier majeur réside dans la jonction entre logique freudienne, psychothérapie institutionnelle et sémiotique peircienne, à partir de l’œuvre du sémioticien et psychanalyste Michel Balat.
  • En aparté, Le Vent fou, hommage en images à Jean Oury, en images et mots inscrits le jour de son enterrement.

Négativité et intégration, agencement praxis/philosophie

(Cf. doc. 26 à 30)

Par ailleurs, trois autres voies de réflexion sont convoquées – elles seront amenées à prendre ultérieurement une plus grande place :

  • la question de la négativité, nœud entre champ clinique (Julia Kristeva), sémiotique (Kristeva, Georges Molinié) et philosophie (Theodor Adorno) (un document après 2015 : doc.2) ;
  • l’agencement entre clinique et philosophie, en particulier celle de Gilles Deleuze, puis celle de Deleuze et Guattari et, par d’autres voies, celle d’Alain Badiou.
  • la catégorie d’intégration permet d’aborder plusieurs problématiques psychiques (doc.22) ; plus largement, l’intégration est pensée comme schème anthropologique du sens, entrant alors dans une recherche qui se déploie dans les autres parties de ce site (cf. après 2015 : doc.3, ainsi que les documents de synthèse sur la page d’Accueil).

Outre ma coopération avec des compagnons cliniciens, ces questionnements se nourrissent du site psynem.org (www.psynem.org/), dirigé par Bernard Golse et Sylvie Séguret, et dont je suis rédacteur en chef.

Deux manuscrits inédits approfondissent certains points de ce chantier.

Le Langage en-deçà des mots (à paraître en ligne au « Fil rouge », Puf, en 2017) étudie les rapports entre sémiotique peircienne, métapsychologie du bébé et psychothérapie institutionnelle. A partir de L’Enfant autiste, le bébé et la sémiotique de Pierre Delion, cette analyse se veut une proposition en termes d’épistémologie de la sémiotique, afin de lutter contre la tendance positiviste dominante qui réduit le langage à la langue, la sémiotique complexe à un pragmatisme « mou », le sujet au moi, l’être humain à un substrat génético-neuronal et biopolitique, la fonction thérapeutique à un protocole médicalisé. Comment, à rebours d’un tel réductionnisme, refonder une alliance fertile entre une psychiatrie ouverte à la psychanalyse et au champ inconscient, et une conception du langage aussi exigeante envers le concept de signe que l’on peut l’être, cliniquement, vis-à-vis du concept de transfert et de fantasme ?

N.B. Ce manuscrit intègre un chapitre supplémentaire par rapport à la version donnée dans le dossier d’HDR.

Miettes psychiatriques. Postface pour Jean Oury est un essai d’analyse praxique du discours à travers l’œuvre de Jean Oury, tant écrite qu’orale. Cet essai concerne l’ethos de la psychothérapie institutionnelle tel qu’il informe en profondeur le style, de pensée autant que de clinique, du fondateur de la clinique de La Borde. Par ailleurs, il propose l’analyse de ce discours selon des catégories mises en place par ailleurs, tant dans les Arabesques sur le courage que dans les études plus proprement stylistiques et poétiques d’œuvres littéraires.

N.B. Ce manuscrit devrait être prochainement accueilli par les Éditions d’Une (http://editionsdune.fr/), dans un volume rassemblant également les trois années de mon séminaire, tenu dans le cadre du Collège international de Philosophie, consacré au Séminaire de Sainte-Anne de Jean Oury, au concept de Collectif (cf. également après 2015 : doc. 1) et aux relations théoriques et cliniques entre Oury et Guattari (cf. également doc. 24).